GIONO, Jean (30 mars 1895 – 9 octobre 1970)




Intérêt
Jean Giono (30 mars 1895 – 9 octobre 1970) est un écrivain et essayiste français, né à Manosque (Alpes de Haute-Provence).

Issu d’une famille modeste (son père est un cordonnier d’origine piémontaise et sa mère repasseuse), il passe une enfance heureuse qui le marque comme un âge d’or (évoqué dans Jean le bleu, 1932) Cette première époque de sa vie prend fin avec sa mobilisation en 1914 : alors âgé de 19 ans, il rejoint l’infanterie et gagne le front des combats. Participant à la guerre de positions, démobilisé, il est devenu un fervent pacifiste lorsqu’il revient dans sa ville natale.

Il se marie. Devenu père de famille, il trouve un emploi comme employé de banque — travail qu’il exècre — pour nourrir les siens. Autodidacte, il lit les auteurs classiques et se met à l’écriture. Son premier roman, Naissance de l’Odyssée est refusé en 1924. En 1929, il publie Colline et connaît un succès immédiat. La première partie de son œuvre s’inscrit dans la même veine, fondée sur l’observation d’un monde rural immobile en surface, mais agité de puissants courants sentimentaux. Il abandonne la banque et vit de sa plume.

À partir du milieu des années 1930, toutefois, la montée du nazisme et du fascisme le poussent à chercher à s'engager. Il s'approche un temps des communistes en adhérant en février 1934 à l'Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires, mais il quitte rapidement l'organisation, étant en désaccord avec leur approbation du réarmement comme moyen de lutte.

Giono s’engage alors dans une démarche spirituelle plus large qui vise à dénoncer les méfaits de la civilisation industrielle toute entière : ses inquiétudes trouvent d’abord un écho dans ses romans, dont la fin devient tragique (Que ma joie demeure, 1935). L’écrivain leur oppose toutefois l’amour de la nature qui lui tient à cœur (Les vraies richesses, 1936). Alors que la menace d’une nouvelle guerre se précise, un certain pessimisme de Giono se fait plus pressant et l’annonce d’une catastrophe inévitable devient un thème central de son œuvre (Batailles dans la montagne, 1937). L’essai Le poids du ciel (1938) marque l’aboutissement de ce cycle de pensée, mûri au contact des jeunes gens pacifistes qui le suivent de septembre 1935 jusqu’en 1939 dans la montagne du Contadour, pour l’écouter et observer le mode de vie dont il est devenu le héraut.

Lorsque le conflit mondial commence, Giono vit un échec personnel. Mobilisé, il est emprisonné deux mois à Marseille pour pacifisme. Pendant la guerre, il demeure isolé et en difficulté financière, vivant de peu comme les personnages de ses romans. À la libération, à nouveau, on lui reproche son attitude : taxé cette fois pour sa passivité face à l'occupant et classé parmi les collaborateurs, il est à nouveau emprisonné pendant cinq mois, en septembre 1944. Le Comité national des écrivains statue sur son sort en l'inscrivant sur sa liste noire, ce qui lui interdit toute publication.

Giono se remet au travail et donne alors une nouvelle orientation à son œuvre, semblant vouloir rompre avec tout ce qui n’est pas strictement du domaine de la littérature et laissant, peut-être, de côté une partie de ses ambitions. S’ensuit la publication d’autres œuvres, dominées cette fois par le tragicomique (Un roi sans divertissement, 1947, qui ouvre les « Chroniques romanesques »), puis d’un nouveau cycle romanesque (avec Le Hussard sur le toit, 1951 ; Le Bonheur fou, 1957 et Angelo, 1958) qui met en scène l’héroïsme d’un homme en proie aux difficultés du temps.

Finalement, à partir des années 1950, alors qu’il a retrouvé sa place d’écrivain dans la société et qu’il connaît à nouveau l’estime de ses pairs (il est élu à l’Académie Goncourt en 1954), Giono paraît apaisé. Il voyage à l’étranger et s’intéresse activement au cinéma, pour lequel il écrit un film (Crésus, 1960) : il préside le jury du Festival de Cannes en 1961. Ses derniers romans, moins nombreux, reviennent sur le fil de sa vie et sur ses idées de jeunesse (Le Déserteur, 1966). En parallèle, il préface d’autres auteurs, s’implique dans la défense du patrimoine de sa région (Provence perdue, 1967). Il meurt à Manosque d’un arrêt cardiaque, peu après la publication de son dernier roman (L’Iris de Suse, 1970).

Œuvre (liste partielle)

  • Colline, Grasset, 1929
  • Un de Baumugnes, Grasset, 1929
  • Regain, Grasset, 1930
  • Naissance de l’Odyssée, Editions Kra, 1930 (le texte avait été proposé à Grasset et refusé en 1924)
  • Manosque des Plateaux, Emile-Paul Frères, 1930
  • Le Grand troupeau, Gallimard, 1931
  • Jean le Bleu, Grasset, 1932
  • Solitude de la pitié, Gallimard, 1932
  • Le Serpent d’étoiles, Grasset, 1933
  • Le Chant du monde, Gallimard, 1934
  • Que ma joie demeure, Grasset, 1935
  • Les Vraies richesses, Grasset, 1936
  • Refus d’obéissance, Gallimard, 1937
  • Batailles dans la montagne, Gallimard, 1937
  • Le Poids du ciel, Gallimard, 1938
  • Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, Grasset, 1938
  • Précisions, Grasset, 1939
  • Recherche de la pureté, Gallimard, 1939
  • Moby Dick, 1940 (Traduction de l’anglais du roman de Herman Melville)
  • Pour saluer Melville, 1941
  • Triomphe de la vie, Éditions Ides et Calendes, 1941
  • Le Voyage en calèche 1947 (pièce de théâtre inspirée par la résistance à l’envahisseur et interdite sous l’occupation)
  • Un roi sans divertissement, 1947
  • Noé, La Table Ronde, 1948
  • Fragments d’un paradis, Déchalotte, 1948
  • Les Âmes fortes, Gallimard, 1949
  • Mort d’un personnage, Grasset, 1949
  • Les Grands Chemins, Gallimard, 1951
  • Le Hussard sur le toit, Gallimard, 1951
  • Le Moulin de Pologne, Gallimard, 1952
  • L’homme qui plantait des arbres, 1953 (texte écologiste que Giono a voulu libre de droits)
  • L’Écossais ou la fin des héros, 1955 (In 4, Aux dépens du Rotary-Club de Manosque)
  • Le Bonheur fou, Gallimard, 1957
  • Angelo, Gallimard, 1958
  • Deux cavaliers de l’orage, Gallimard, 1965
  • Le Déserteur, René Creux Éditeur, 1966
  • Provence perdue, Rotary-Club de Manosque, 1967
  • Ennemonde et Autres Caractères, Gallimard, 1968
  • L’Iris de Suse, Gallimard, 1970


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